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99è Commémoration de la pendaison de Rudolf Douala Manga Bell le 8 août 1914

Programme Tet'Ekombo 2013 : En marche pour 2014
  • 99è Commémoration de la pendaison de Rudolf Douala Manga [...]
Publié le : 08/08/2013
Source : Communiqué de presse
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La commémoration de la pendaison de Rudolf Douala Manga Bell doit être célébrée de façon sobre cette année, en raison de la disparition du roi René Douala Manga Bell, en novembre dernier.

Jeudi 8 août 2013
7h00 - 7h30 : Recueillement sur le site de l'ancien commissariat (Marine Marchande), Bonanjo
Mot introductif de l'officiant
Rituel
Prière
Dépôt de gerbes

Procession jusqu'au Mausolée derrière la promotion Rudolf Douala Manga Bell de la Marine Marchande

08h00 - 8h 30 : Recueillement sur le Mausolée des Rois Bell
Mot introductif de l'officiant
Rituel
Prière
Dépôt de gerbes
Honneurs par le détachement de la Marine Marchande

9h30 - 10h : Recueillement sur la tombe de Ngosso Din, cimetière Njo Njo
Rituel
Prière
Dépôt de gerbes

Recueillement sur la tombe du régent Richard Din Manga Bell
Prière
Dépôt de gerbes

Rappel historique

Cette année nous commémoration le 99ème anniversaire de la pendaison du héros national Rudolf Douala Manga Bell, qui paya de sa vie la défense du droit des Camerounais à vivre librement sur leurs terres, le 8 août 1914.
A cette époque, notre pays était occupé par l'Allemagne impériale, qui avait pris pied sur notre sol en 1884, après la signature, les 11 et 12 juillet de cette année, du traité germano-duala, qui transférait la souveraineté politique et économique du territoire aux Allemands.
Ce traité, signé côté Douala par le grand-père de Rudolf, Ndumb'a Lobe, ainsi que par Dika Mpondo Akwa et Jim Ekwalla de Deïdo et par le Docteur Gustav Nachtigal côté allemand, stipulait cependant que la souveraineté foncière des Doualas était préservée. Les Doualas, qui étaient installés sur la bande littorale du site de Kamerunstadt restaient donc légalement propriétaires de leurs terres. On peut penser que ce traité, qui laissait ce droit aux Doualas, a pu être signé en l'état parce que les colonisateurs allemands étaient sans doute pressés de conclure, sans prendre le temps de négocier plus avant ou d'imposer par la force une souveraineté germanique plus totale.
En effet, au cours de cette même année 1884, le gouvernement impérial allemand préparait la conférence internationale de Berlin, dont l'objet était de fixer le partage de l'Afrique entreles différentes puissances coloniales occidentales.L'enjeu était donc de s'approprier un maximum de territoires africains avant le commencement de cette conférence, qui débuta le 15 novembre 1884 dans la capitale allemande et finit le 26 février1885. À l'initiative du Portugal et organisée par Bismarck, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l'Empire ottoman, l'Espagne, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède-Norvège ainsi que les États-Unis y participèrent.
A l'ouverture de la conférence, l'empire de Guillaume 1er a pris possession en Afrique du Cameroun, de la Namibie, du Rwanda-Burundi, du Tanganyika et du Togo.
En 1884, le jeune Rudolf, né en 1872, est âgé de 12 ans et est envoyé en Allemagne pour y poursuivre ses études successivement dans le Würtemberg aux Lycées d'Aalen et d'Ulm et en Rhénanie à l'Université de Bonn où il étudie le droit.
Il revient à Douala en 1896, et se marie avec Emma Engome Dayas, fille d'un capitaine au long cours Anglais, Thomas Dayas, et d'une jeune fille de Bali, Tebedi Eyoum Njembelle.
Sous le règne de son père Auguste, Rudolf suit un stage de formation dans l'administration coloniale allemande, puis se met, dès 1899, au service de son père, afin de l'assister dans la conduite des affaires du pays. De sorte qu'en 1908, à la mort d'Auguste Manga, Rudolf Douala est prêt et armé pour lui succéder. L'essentiel de sa tâche consistera alors à travailler à l'unification de la communauté Douala, déchirée par les rivalités et les intrigues…
En 1910, Rudolf Douala Manga Bell est intronisé officiellement. Sa sagesse et ses compétences lui confèrent un grand prestige dans tout le pays. Les relations avec l'administration coloniale sont jusque-là plutôt bonnes.Les Allemands reconnaissent son autorité sur le large territoire que son père Auguste administrait, c'est-à-dire la ville de Douala, la bande littorale, les bassins du Wouri, de la Sanaga et du Nyong.
Mais le Gouvernement colonial, en cette même période, prépare le projet d'urbanisation et d'assainissement d'un "Gross Douala".
Ce projet consiste à créer une ville coloniale au bord du fleuve, après en avoir exproprié les populations Duala, et de séparer celle-ci de la ville africaine par une Freie Zone d'une largeur d'un kilomètre. Dans l'esprit des planificateurs urbains, cette zone devait être un no man's land hygiénique nécessaire à la santé de la population européenne, pour lui éviter toute promiscuité avec les indigènes. Les nouveaux quartiers africains, Neu Bell, Neu Akwa et Neu Deido sont prévus pour accueillir les Dualas expropriés de leurs terres.
Évidemment, et fort des stipulations du traité de 1884 concernant la propriété foncière, l'ensemble des Doualas s'oppose à cette mesure qui les couperait définitivement du fleuve, site économique et culturel fondamental pour l'identité du groupe.
Tout naturellement, c'est Rudolf, à la fois pour son engagement dans la défense de cette cause et pour son prestige et sa représentativité, qui est choisi par l'assemblée traditionnelle du Ngondo pour mener le combat de l'opposition à cette expropriation.
Rudolf entreprend alors une double campagne : une campagne d'information et de mobilisation parmi son peuple, et une campagne d'interpellation et de pétitions adressées au Reichstag à Berlin.
Mais les autorités coloniales restent intransigeantes.
Rudolf décide alors de dépêcher clandestinement à Berlin son secrétaire, Ngosso Din. Celui-ci entre en contact avec les milieux d'opposition berlinois afin de sensibiliser à cette question l'opinion publique allemande de gauche. Simultanément, Rudolf étend sa campagne de dénonciation et de mobilisation au-delà de sa stricte circonscription, notamment à l'ouest du pays.
C'en est trop pour le Gouvernement allemand au Cameroun.
Ngosso Din est arrêté et incarcéré dès son retour d'Allemagne, Rudolf est arrêté quelques jours plus tard. Le 7 août 1914, il passe en jugement, en compagnie de son secrétaire. Accusés tous les deux de haute trahison, ils sont condamnés à être pendus le lendemain.
Dans la soirée, sans témoins, Rudolf est conduit à la résidence du Colonel Zimmermann. Celui-ci connaît bien et apprécie Rudolf, dont il a connu le père. Il est probable qu'il désapprouve le chef d'inculpation et le verdict de ses compatriotes, mais c'est un soldat loyal…
Zimmermann autorise cependant son prisonnier à faire ses adieux à sa famille, et, en toute confiance, le laisse y aller sans escorte armée.
Rudolf embrasse son épouse et ses enfants, et les rassure en déclarant que son incarcération doit bientôt prendre fin. Puis il prend congé et se fait accompagner par son notable Anjo Bell sur le chemin du retour. Il annonce à son compagnon le sort qui l'attend. Celui-ci le supplie de prendre la fuite, de profiter de cette occasion qui, assure-t-il, ne peut être qu'une invitation par Zimmerman à sauver sa personne.
Hélas, Rudolf a donné sa parole. L'honneur de son nom, la sécurité de son peuple et la justesse de la cause défendue lui interdisent d'échapper à son destin. Il retourne en prison.
Le lendemain, 8 août 1914, à 17 heures, Rudolf et son secrétaire Ngosso Din sont pendus dans la cour du commissariat de police de Bonanjo.
Après un temps de confusion, due à la fois au traumatisme vécu par les doualas et à la prise de la ville par les alliés franco-britanniques le 28 septembre 1914, Richard Din Manga Bell puis Théodore Lobe Bell, frères de Rudolf, seront successivement les régents jusqu'en 1950, année où son fils aîné Alexandre Ndoumb'a Douala va enfin pouvoir reprendre la succession de son père Rudolf.
Le martyre de Rudolf Douala Manga Bell le campe en véritable héros de la future nation camerounaise, et au-delà, en héros des peuples du continent et même, plus généralement de tous les peuples du monde asservis par les violences coloniales.
Son combat, altruiste, honorable et non violent, en fait aussi, par sa dimension romanesque, un personnage universel et désormais mythique…
Nous célébrons cette année le 99ème anniversaire de la pendaison de Rudolf Douala Manga Bell.
L'an prochain, en août 2014, nous célèbrerons avec grand faste le centenaire du martyre de cet homme dont la mémoire appartient à toutes les femmes et hommes épris de justice et de liberté…

Marilyn Douala Manga Bell
Arrière-petite-fille de Rudolf Douala Manga Bell

Douala, Août 2013

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