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Hugues Nonn: "Être au Cameroun pour les écrans noirs était une expérience formidable"

Par Idriss Linge - 17/08/2012
  • Hugues Nonn: Être au Cameroun pour les écrans noirs [...]
© Journalducameroun.com
Publié le : 20/08/2012
Source : Journalducameroun.com
http://journalducameroun.com/article.php?aid=12035

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Producteur de "le grand Blanc de Lambaréné", il a présenté "le collier du Makoko". Il évoque son histoire avec le cinéma camerounais.


Hugues Nonn, vous avez participé aux derniers écrans noirs, avec le film "Le collier du Makoko", qui finalement a eu le prix de la meilleure interprétation, quel est votre sentiment à l'issue de ce festival?
J'étais vraiment surpris, je ne m'y attendais pas du tout. Mais j'ai surtout été fou de joie, parce que le jeune homme qui a eu le prix de la meilleure interprétation lors de ces écrans noirs, c'est un jeune français qui habite dans le 93 une banlieue près de Paris, un quartier assez chaud, mais où on retrouve des jeunes très intelligents qui malheureusement sont presqu'en marge du système. Ce jeune homme est vraiment formidable, c'était son premier grand film. Il avait déjà fait de la figuration dans la comédie musicale "le Roi Lion", c'est la directrice de casting qui l'a repéré. D'un autre côté j'ai été surpris d'avoir le prix, parce que la copie qu'on a vue aux Ecrans Noirs, est une copie encore à parfaire.

Vous étiez déjà coproducteur heureux en 1995 avec le film mythique camerounais "Le grand Blanc de Lambaréné" qui a remporté beaucoup de nombreux prix. Replongez nous dans l'histoire, pour nous raconter celle du film de Lambaréné
En fin de compte c'est toute une histoire derrière ce film. Je découvre Lambaréné, grâce à Basseck. On était à Cannes avec lui et nous avons été invité par un riche producteur sur son Yacht, on buvait du champagne et nous discutons d'un projet que je n'arrive pas à monter et je lui propose de le transformer en "Docteur Schweitzer vu par un nègre". Lui aimait bien l'idée, il m'a proposé d'aller au Gabon et de se décider à son retour. Six mois après j'ai reçu un scénario de 300 pages plein de détails mais qu'il fallait quand même réduire. Le titre cependant a été critiqué en France. On lui trouvait un côté dénigrement, on a abandonné le titre mais pas le scénario et c'est Basseck qui a suggéré le titre "Le grand Blanc de Lambaréné" que je trouve très poétique. On devait tourner le film au Cameroun. Dans nos calculs, le faire revenait moins cher. Nous avions même débuté les repérages sur les rives de la Sanaga. Basseck m'a dit avant de nous lancer dans la construction, passes à Lambaréné avec moi. J'arrive dans cette localité, et j'en tombe amoureux. La Sanaga c'est un endroit magnifique, mais Lambaréné cadrait avec l'histoire du film. Nous avons retardé d'un an le tournage du film pour faire une coproduction Cameroun, Gabon et France. Et trois ans plus tard le film était monté, un souvenir mémorable.

La dernière fois que vous étiez au Cameroun, vous veniez faire les repérages pour "Le grand Blanc de Lambaréné", c'était en 1994 et là vous revenez en 2012 dans le cadre des écrans noirs organisé par Basseck, votre ami. Parlez- nous de ces retrouvailles
Revoir Basseck Ba Kohbio dans son pays est un délice (nous nous voyons souvent à Paris). Je trouve sa ténacité exceptionnelle. Par sa volonté, depuis 16 ans, un festival de cette envergure existe chaque année.. Bien sûr il a l'appui de ses collaborateurs et des partenaires, mais tout ça pivote autour de lui depuis si longtemps. Pour ma part, j'ai trouvé cette dernière édition animée et propre à l'agressivité sympathique des camerounais. J'ai regardé les films, il y en a beaucoup que je n'aurais pas vu. J'ai particulièrement été touché par un court métrage camerounais, "Jean Jacques", réalisé par monsieur Bakou, originaire du nord du pays. J'ai aussi été marqué par celui qui a eu le prix du court métrage, et j'ai aussi aimé le film "Julie et Romeo", qui a eu le prix d'or. Pour ma part j'aurais peut-être donné le prix au film "Fast & Furio", parce que de voir cette salle exploser de joie et de rire est un vrai bonheur. On y voit des combats magnifiques et lorsqu'on apprend qu'il a tourné ce long métrage en 17 jours, chapeau.

Au cours de ces écrans noirs, vous avez assisté aux échanges entre personnalités du monde du cinéma. Il y a avait de nombreuses interpellations, notamment de la part de jeunes producteurs. Si vous aviez un conseil à leur donner pour faire face à ces difficultés, que leur diriez-vous?
Effectivement j'ai compris à travers les échanges thématiques, que les jeunes producteurs camerounais attendaient beaucoup des hommes politiques. Mais la vérité c'est que c'est difficile de constituer une pression s'ils ne sont pas unis. Pour voir les hommes politiques, il faudrait qu'ils le fassent tous ensemble. Mais plus que tout, les jeunes producteurs doivent continuer d'être créatifs. Aujourd'hui l'accès à la technologie du cinéma est ouverte, il y a des petites cameras performantes, il y a internet pour apprendre et diffuser, ce sont des premières opportunités qu'ils peuvent saisir. Après les politiques à mon avis n'auront pas d'autre choix que de suivre, ne serait-ce que pour encadrer et ils donneront de l'argent. Je me trompe peut-être, mais j'ai eu l'impression que les personnalités du cinéma évoluent en rangs dispersés. Mais pour l'essentiel je partage leurs préoccupations. Moi qui évolue en France, je bénéficie des aides, le système est tel qu'une fois qu'on a un synopsis, et qu'il est jugé bien par un jury, on peut bénéficier de l'assistance financières des autorités compétentes. Ces sommes sont remboursables quand nous avons notre montage financier, mais cela permet de survivre lorsqu'on est en préparation. "Le grand Blanc de Lambaréné", on a mis trois ans avant de tourner le film. le film que je présentais à ce festival, "Le collier du Makoko", a mis dix ans pour trouver le financement et encore une fois grâce au Gabon. Ce film a fait travailler 120 personnes. Pour les films il faut un soutien financier, mais cela ne peut se réglementer que si on s'accorde tous ensemble.

On a vu "Le collier du Makoko" aux écrans noirs, un film que beaucoup de spectateurs ont aimé avec son visage contemporain de l'Afrique, vous envisagez une tournée pour le présenter au plus grand nombre?
Le réalisateur Henri Joseph Koumba, et Basseck sont allés au Gabon pour la suite du festival. Je pense qu'ils vont certainement y réfléchir et que le film sera diffusé dans de nombreux pays. Ce film parle de deux histoires d'amour, un amour de famille recomposée et l'amour d'un pays. On traverse des paysages magnifiques du Gabon, un pays qu'on a souvent du mal à voir dans sa diversité. Les spectateurs découvriront l'histoire d'un Gabon inconnu, avec ses hauts plateaux, sa culture Téké et aussi le mythe de ses lions. Je ne savais pas qu'il y avait des lions au Gabon jusqu'à une date récente.

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